Les Chrétiens en Algérie ont la vie dure

Publié le par Flo

Fin mars, alors que Habiba Kouider - une éducatrice âgée de 36 ans - rentre chez elle à Tiaret en bus, elle est arrêtée par des gendarmes. Son méfait ? La jeune femme transporte douze Bible.

 

La situation pour la communauté chrétienne a depuis de nombreuses années été tendue dans cette ancienne colonie Française. Depuis 1962, les actes de cruauté envers les prêtres et autres pratiquants ne se comptent plus. Nous avons tous en mémoire les massacres perpétrés contre la communauté Chrétienne au début des années 1990. Même si aucune statistique officielle n’existe à ce sujet, il est certain que la population a payé le plus lourd tribut. La communauté religieuse a, quant à elle, perdu 19 de ses dignitaires, réduisant les fidèles à peau de chagrin. Sur 33 millions d’habitants, le pays compte environ 11.500 pratiquants officiels.

Le pays, dont la religion officielle est l’Islam Sunnite, semble avoir resserré sa législation envers les cultes non musulmans. En 2006, une loi visant à codifier les cultes étrangers a été mise en application ; jusque là, la liberté de culte était garantie par la Constitution. Depuis lors, la population, par l’intermédiaire d’Ech Chourouk un journal national à grande diffusion, accuse les Chrétiens de prosélytisme et de ne pas avoir de vrais lieux de culte. Difficile lorsque l’Etat n’autorise plus la construction d’églises surtout lorsque le sceptre des années noires plane encore dans les esprits de la population.

Malgré les menaces de fermeture proférées par les autorités, notamment en Kabylie, à l’Ouest du pays, les pasteurs et autres prêtres tiennent bon, à l’image de Salah Chalah. Ce pasteur de 41 ans à l’église protestante de Tizi Ouzou a refusé tout bonnement la fermeture de son Temple de la Ville Nouvelle en invoquant un vice de procédure. En effet, légalement, un lieu de culte ne peut être fermé que lorsque la notification est signée de la main du préfet. Or, dans ce cas présent, elle avait été uniquement signée de celle du sous-préfet. L’avocat engagé pour l’occasion a mis en avant cette incohérence et a obtenu le maintien de l’église installée dans une villa blanche, excentrée sur les hauteurs de la ville.

Certaines rumeurs prétendent qu’Ech Chourouk aurait déclenché les hostilités sur les ordres du Président Bouteflika. Malade, le Président se serait rapproché des rites islamiques.

Que faut-il donc penser des différentes arrestations perpétrées ces derniers temps dans l’Ouest Algérien ?

Habiba Kouider n’est pas un cas isolé. L’inquisition continue. Six Algériens convertis au Christianisme ont récemment été incarcérés puis ont comparu devant la Cour d’Oran pour « distribution de tracts visant à ébranler la foi des Musulmans ». Pourtant, les six hommes, d’âge et de milieu différents, ont été arrêtés au domicile de l’un d’eux en pleine prière. Certes, la prière clandestine n’est plus autorisée en Algérie. Mais pourquoi, dans ce cas, inculper six personnes sous un chef d’accusation bancal ? Le parquet général de Tiaret a avoué lundi que « les inculpés s’adonnaient à des rites Chrétiens et étaient en possession d’évangiles et de CD expliquant les préceptes de cette religion ». Mardi, sentant que la justification ne convainquait pas l’opinion générale, une conférence de presse en présence du procureur général a été donnée, regroupant une quinzaine de journalistes Algériens ou étrangers. Serein, le procureur a tenté de se justifier en affirmant que « la liberté de culte [était] garantie. L’appartement où ils se réunissaient [était] un lieu de culte clandestin. Quiconque [voudrait] pratiquer un autre culte que l’Islam [devrait] obtenir une autorisation officielle pour l’ouverture d’une église ». N’en reste pas moins que la plupart d’entres-eux ont écopé de 3 ans de prison ferme et de 500.000 dinars (5.000€) d’amende.

Qu’en sera-t-il d’Habiba Kouider ? La communauté internationale, dont la secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme Rama Yade, s’offusque de constater le non-respect de cette liberté fondamentale qu’est le droit de culte. Le 20 mai dernier, la jeune femme avait été condamnée à 3 ans de prison ferme. Face à la pression exercée par les pays de l’Union Européenne notamment, le tribunal de Tiaret a pris la décision, mardi 27 mai, de réclamer « un complément d’enquêtes », pour finalement se raviser aujourd’hui et maintenir la décision.

Al Qaeda, dont la présence est attesté en Algérie par le groupuscule GSPC depuis les attentats-suicide courant avril pourrait être derrière ces invectives.

 

 

 

Publié dans Géopo - Monde

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