It rang the bell

Publié le par Flo

Je n’aurai qu’un seul regret : qu’ils ne l’aient pas signé de leur plume. Celle des grands jours.

Quand on décide d’enfoncer des portes, plus ou moins ouvertes il est vrai, autant le faire sans couverture aucune. Certes, leur geste est méritoire, mais où se trouve le courage dans leur acte de ‘rébellion’ ?

 

Je l’ai donc acheté, lu dans la foulée. Une nuit plus tard : peu de regrets à avoir.

Oh ! certes, il y en aurait bien quelques uns, dont celui que j’ai déjà mentionné : quel manque de courage. Je le dis haut et fort – du moins aussi fort que je puisse me le permettre. Je parle en connaissance de cause : moi Flo, révolutionnaire né, éternel insatisfait, épris de liberté, passionné… ne peut que décrier cet acte de quasi-lâcheté. Pourquoi n’ont-ils pas signé « Madame, Monsieur, Bonsoir… » de leurs noms ? Lorsqu’on essaie de faire tomber un monstre, autant le faire et le dire droit dans les yeux. Au pire, comme ils le répètent à de maintes reprises,  « on ne vire que rarement à TF1 ». Et puis quand bien même ils se seraient fait foutre à la porte, sans indemnités ou quoique ce soit, n’auraient-ils pas retrouvé un travail tout de suite ? Dans le milieu, de toute manière, seules les fortes têtes peuvent espérer s’en sortir. Avoir un CV estampillé TF1, quoiqu’on en dise, ce n’est quand même pas rien ! Même si le groupe n’est pas des plus appréciés. Ceux qui osent foutre un coup de pied dans la tour d’argent seront forcément les bienvenus dans de nombreuses rédactions.

De quoi ont-ils eu peur, alors ?

Il serait bon de se demander si ce ne serait pas une sorte de coup de pub de la chaîne ! Oui, je sais. Mes idées farfelues et moi… Mais après tout, nous qui ne vivons pas à l’ombre de la tour, ne savons pas grand-chose de ce qui s’y dit ! On n’entend sur cette affaire que ce que nous voulons bien nous laisser percevoir. TF1 n’est-elle pas maîtresse ès-censure ? Maîtresse ès-contrôle des infos ? Peut-être ce livre vient-il directement de « Bob » (autrement nommé Robert Namias, directeur de l’information) ? Bob sur qui se finit – presque – le livre ! En gros, la question finale est ‘combien de temps, encore, les journalistes frustrés et mécontents vont-ils encore vivre ‘tranquillement’ sous la houlette de Bob ?’ ‘Bob est-il le grand méchant-loup dépeint dans cette toile épistolaire ?’ Ne serait-ce pas, après tout, une sorte de lettre d’adieu ? Une sorte de ‘vous m’avez conspué en privé ! Moi qui sais tout, sur tout et tous, je vais vous faire voir que, finalement, il me reste encore quelques cartes à jouer avant de me retrouver au placard ?

On peut tout imaginer.

Même un coup d’éclat de Jean-Pierre, la star du 13 heures sur qui presque rien de négatif n’est asséné ? Claire y reçoit tellement de compliment qu’il est impossible qu’elle en soit l’auteure, à moins d’un égo surdimensionné ! Quant à PPD, cela serait ultra surprenant qu’il en soit l’instigateur tellement il passe pour le grand méchant loup. Quelques morceaux choisis : page 23, le soir du résultat du second tour de l’élection présidentielle : « 20 heures. A peine le résultat connu, Ségolène Royal donne une leçon de communication. […] elle apparaît rayonnante au balcon de parti socialiste, prenant en otage toutes les caméras de télévision : « Tous ensemble… tous ensemble ! » PPDA ne cache pas son agacement : « Elle va bientôt s’arrêter !? » […] Pour un peu, elle gâcherait la fête. » ; page 25 « 11 heures, 11 heures 15, 30, 45, toute une rédaction, cinq cents personnes, journalistes, techniciens, administratifs attendent d’être fixés sur le 20 heures. […] 11 heures 50 : il n’est toujours pas là… […] Il arrive enfin, nonchalant comme d’habitude ; son retard n’est jamais excusé, encore moins justifié ; un bonjour général est déjà signe de bonne humeur, un sourire, c’est le bonheur […]. « Allez-y. » Poivre donne le signal… » ; page 27, en conf’ de rédaction : « Une jeune journaliste interrompit un jour le rituel, son sujet méritait plus qu’un off (quelques images commentés par le présentateur, environ vingt secondes) : […] « Considère qu’un off dans mon journal est déjà un immense privilège. » […] « On ne pense pas ici, on fabrique un journal » » ; page 61 « Irascible. Chacun dans la rédaction s’attache à prévenir ses colères ; on les craint. Destructrices, blessantes. Une petite contrariété technique sur le 20 heures, qu’il aurait à peine remarqué la veille, peut le faire sortir de ses gonds à la fin du journal. ». Je m’arrêterai là. Le livre en est truffé. Toutes les cinq pages, une petite flèche empoisonnée vient le détruire, chaque fois un peu plus. Impossible, selon moi, qu’il en soit l’auteur.

Claire, elle, passe pour la gentille : « Vous ne la dérangez jamais. », «  Si elle vous croise dans les couloirs, sans s’attarder elle vous sourit », « Claire. Il n’y en a qu’une, on ne l’appelle jamais que par son prénom. D’humeur égale, détestant le conflit. Les week-ends à TF1 se déroulent paisiblement, peu de passion et beaucoup d’harmonie. », « Pleine d’indulgence, toujours satisfaite du travail de ceux qui l’entourent. » Claire ne peut être l’auteure. Impossible, inimaginable. A moins que cela ne soit rien d’autre qu’une formidable machination machiavélique de celle « qui a quelque chose de Marie-Antoinette chez elle. »

La seule des stars pouvant prétendre au titre de rédacteur serait donc Jean-Pierre. Deux passages le mentionnent. Le plus déplaisant se résume à une cinquantaine de lignes plutôt bien tournées, flatteuses malgré les quelques méchanceté proférées. Comme à la page 29 : « Avec Jean Pierre, c’est différent. Son côté beauf de droite décomplexé le rend presque sympathique. Lui ne cultive pas le mystère, ne joue pas les poètes maudits ; il est comme ses conférences de rédaction, animées, potaches et sans surprises, les blagues lourdingues sont les bienvenues. S’il s’est mal réveillé, s’il commence à râler sur tout et sur rien, ce n’est pas très grave, il n’impressionne personne. Et il se calmera rapidement pour enchaîner sur les débats autour de ses sujets de prédilection, qu’il conclut toujours avec la même passion : « Les fonctionnaires sont payés à rien foutre, les flics sur la route sont des racketteurs […], les agriculteurs ne sont jamais contents, les hommes politiques, loin des vrais gens. » Il peut être rigolo quand vous en rajoutez dans la provoc, ambiance café du commerce pour commencer la journée. » Rien de bien méchant. Juste quelques phrases légèrement assassines. Juste ce qu’il faut. Rien de plus.

Après tout, qui peut nous fournir la preuve formelle que le livre ait réellement été écrit par « dix mains, tous journalistes, tous dans la place » ? Qui peut également nous prétendre que l’une des stars n’ait pas eu l’envie de participer à ce projet ? Après tout, tous journalistes qu’ils soient, faisant la pluie comme le beau temps sur le pays, n’ont-ils pas droit de taper sur la marmite pour qu’elle implose ? N’ont-ils pas, eux-aussi, un brin de conscience journalistique ?

Pourquoi faisons-nous ce métier – du moins essayons-nous de le faire ?

Je l’avoue, moi c’était pour la liberté de parole, de pensée. La liberté. La liberté telle que l’ont s’en fait l’idée lorsqu’on débute. Puis on essaye de pousser de portes qui se ferment toutes car pas assez d’expérience. Qui pourrait s’ouvrir si l’on avait un peu moins peur de travailler couché… Accroupi quelquefois.

TF1 ne semble pas très respectueuse de ces principes libertaires. Comme bien des rédactions finalement. Monde de requins, dans lequel le physique fait tout. Une belle gueule, bien faite, mais pas forcément bien pleine et l’on peut facilement se retrouver dans les petits papiers d’un Bob qui ne pense qu’à changer la décoration de son bureau vide. Pour un directeur de l’information, cela semble étrange.

Dans un autre registre, certains vont jusqu’à prétendre que TF1 serait sur le déclin. Baisse des contrats publicitaires. Fort est de constater que, faisant suite à la sortie du livre, ou le devançant j’en sais trop rien, le président de la République ait pris la décision de supprimer la publicité sur les chaînes du secteur public.  Oh ! certes le déficit n’est pas encore là. Mais le déclin est ici. Il arrive.

 

Mon avis sur le livre ? Il ne m’a, certes, rien appris. J’ai, certes, été légèrement déçu de ne pas savoir qui a réellement écrit ce « Madame, Monsieur, Bonsoir… ». Mais je le trouve plaisant à lire. Il est également plaisant de voir se confirmer tout ce que l’on sait, tout ce que les bruits laissent entendre.

Le monde des journalistes est un monde de requins. Il ne laisse généralement que peu de place aux sentiments.

Je vous retrouverai très vite pour une prochaine édition à la même adresse. Madame, Monsieur, Bonsoir !

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Commenter cet article

Flo 01/02/2008 13:42

venant de toi, qui avait selon moi, avec hélène ex-aequo, la meilleure plume de la promo, ça me touche un peu!ceci dit, je pense que le livre s'arrache plus ou moins un peu partout. Et même s'il ne s'arrache pas, les gens en parlent, se le prêtent. je crois que c'est l'essentiel. Après, comme le disait un autre Guillaume, c'est sûr que ce bouquin leur fait de la pub indirecte, à tF1. mais les rumeurs disent que le jT aurait perdu quelques PDM. info? intox? faudrait que j'aille fouiller chez Médiamétrie histoire de vérifier ça!

Guillaume 29/01/2008 13:59

Bon article Florent ;)

J'ai parcouru rapidement le bouquin à la FNAC et les quelques passages lus m'ont également confirmé ce que je pensais sur cette chaîne...

Quant à la thèse que tu développes selon laquelle ce serait Jipé la fouine qui en serait l'auteur...elle me plaît. Aurait-il décidé de se lancer enfin dans le journalisme ? Au moins, ça, ce serait une sacrée bonne nouvelle !

En tout cas, le livre s'arrache littéralement dans les FNAC et librairies de Boulogne-Billancourt...