Sémantique gouvernementale

Publié le par Flo

Je vais rebondir sur ce que Camille évoquait dans son précédent article, à savoir la future _et toujours éventuelle_ taxe sur les produits de ‘haute technologie’ afin de financer la suppression des publicités sur les chaînes publiques. Rebondir est bien le mot… ce ne sera qu’un bref passage de mon papier.

 

Tout à l’heure, je lisais un article du NouvelObs reprenant des déclarations du ministre de la Culture et de la Communication, Christine Albanel. Outre le fait que, selon elle, il n’y aura aucun licenciement _ce qui est malgré tout fort louable_ il faut noter que madame le ministre évoquait le déroulement des évènements dans les prochains mois. J’ai été très touché (sic !) par sa sollicitude envers les provinciaux. En effet, pour que tout le monde puisse y trouver son compte, il est prévu que le gouvernement décide de l’organisation, « dès la semaine prochaine » d’un « forum, un grand site dans lequel les gens pourront s'exprimer pour dire ce qu'ils attendent de la télévision, ce qu'ils souhaitent ».

Peut-être ne parlé-je pas couramment la langue de Molière… Il est bien rapporté « les gens », sous entendu les Français dans leur ensemble, non ?

Et bien, pour enfoncer le clou et faire comprendre que toute la France pourra s’exprimer, le ministre précise qu’ « [ils vont] certainement aussi faire des forums en province pour aller à la rencontre des Français ».

Cette petite phrase n’est pas grand-chose mais cache, selon moi, un problème actuel majeur : la France, ce n’est pas que Paris. Je sens poindre un léger sourire ou une légère exaspération de votre part. « Oh ! mais le mec, il défonce des portes ouvertes ». Ouais et j’aime bien.

N’empêche que si on y réfléchit bien b’en c’est super discriminatoire, cette façon de voir les choses. Pourquoi un membre du gouvernement précise-t-il l’imprécisable ?

Moi, provincial _et campagnard de surcroît_ de base me sens légèrement vexé par cette vision des choses bien manichéenne. En France, il y a donc deux mondes : Paris dans un premier temps. Paris, la ville des lumières, la ville sur qui l’on voudrait attirer tous les projecteurs, la ville qui essaye désespérément d’organiser les Jeux Olympiques… Paris, là où tous les pouvoirs sont concentrés, là où tous les grands médias ont leur siège, là où 90% des interviews sont organisées, etc. Et, d’un autre côté, derrière une sorte de frontière invisible et insaisissable, la Province.

Alors la Province, b’en elle regroupe malgré tout 5/6 des habitants de notre douce France. On produit énormément par rapport à Paris qui n’est quasiment axé que sur les biens et services (j’ai cherché le rapport entre le nombre d’entreprises installées sur Paris ainsi que sa Couronne et le reste de la France, sans succès), on a de vraies origines, de vraies traditions, et on voudrait nous faire croire, les membres du gouvernement y compris, que nous n’aurions pas notre mot à dire, en temps normal, dans les affaires qui font battre les cœur des Français (encore que cette affaire-ci est plutôt médiocre, mais j’essaye de coller à l’actu pour une fois !) ?

 

Le truc qu’ils sont en train d’oublier, là, en ce moment, c’est que ce gouvernement est de moins en moins apprécié, que leur patron de plus en plus détesté, et que s’ils continuent comme ça, avec des petites phrases cachées, doublées de sens bien profonds, ils vont s’en prendre plein la gueule pour ces élections à venir. Vraisemblablement, à entendre vaguement ce qui se dit dans les couloirs, à écouter quelques bruits et autres rumeurs, l’UMP se croirait invincible… mais nul ne l’est. Sarkozy et ses adeptes y compris. La preuve en a été faite avec le sondage de popularité de cette semaine qui place notre superstar nationale en dessous de la majorité. François Fillon serait même plus apprécié que son chef. C’est pour dire. Et pourtant, lui, il n’a pas été élu.

 

Bon, pour être  parfaitement honnête, je doute que ce genre de phrases ait un réel impact… mais si nous faisions un petit  condensé de toutes les conneries édulcorées par des journalistes sans conscience professionnelle, qui ne cherchent plus à mettre en relief quoique ce soit, je crains que nous pourrions avoir de nombreuses surprises.

Publié dans Politique Française

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