Lundi 24 décembre 2007

J'me présente, je m'appelle Henri... 

L'histoire, mon, histoire, aurait pu commencer en chanson et pourtant, ce qui est sûr, c'est qu'elle finira par un requiem.

 

Tout d'abord, je ne m'appelle pas Henri mais Richard, Richard O. J'ai 35 ans et ce soir c'est Noël et je vais mourir de froid. A toux ceux qui se diront : «Ben ça donne pas envie de lire la suite», je leur répondrai «Merde» dans un premier temps et dans un deuxième temps, je leur dirai de ne pas s'inquiéter car la suite est encore plus glauque.

Mais qu'ils se rassurent, ils ont du chauffage et des cacahuètes dans le minibar! Ca devrait pouvoir aller jusqu'à demain quand ils iront faire leurs courses à Leclerc, parce que Leclerc, lui, il casse les prix... Je le sais ; je l'ai lu dans le journal. Il a même fait la quatrième de couv' il n'y a pas longtemps en nous expliquant que si des gens crevaient la dalle aujourd'hui en France ce n'était pas de sa faute. Michel-Edouard Leclerc, lui, il se bat pour que la vie soit moins chère! Certes, il interdit aux clochards de faire la manche devants ses rutilants centres commerciaux, il ne leur donne pas non plus ses invendus et/ou son surplus, mais il se bat... Finalement, Michel-Edouard Leclerc, c'est un peu Don Quichotte (pardon Cervantès).

 

Je m'appelle donc Richard O. et je fais partie des 100,000 SDF en France. Oh mais rassurez-vous!

Avant, je ne faisais pas partie des 47% de français qui estiment pouvoir devenir un jour un SDF. Vous avez remarqué comment Sans-Abri ou SDF ça sonne mieux que Clochard ou Clodo ? C'est comme les vieux, maintenant, ce sont les seniors. C'est comme les jeunes de banlieue, maintenant c'est la racaille...

 

Comment j'en suis arrivé là? Ben à vrai dire, je ne me souviens pas trop. Il me semble que tout a commencé en 2006, comme pour 50% des SDF actuels en France. Cela peut paraître idiot mais ça me réconforte de savoir que je ne suis pas seul. J’étais tourneur-fraiseur dans une entreprise florissante du grand-ouest. Je n'avais pas eu la chance de pouvoir poursuivre des études mais j'étais satisfait de la place que j'occupais compte tenu de mes maigres bagages scolaires. Et puis un jour, on m'a viré! Une vague histoire de restructuration au sein de l'entreprise suite à une délocalisation de l'activité... Moi, ce que je sais, c'est que sur la dernière phrase, je ne comprends pas un mot sur deux.

Mais c'est pas grave. Je vais rebondir, je sais que je vais le faire, je sais que je peux le faire.

L'important, c'est de tenir bon sans toucher à mes économies.

 

Heureusement, ou pas, j'avais des amis. Je ne parle pas des collègues qui m'avaient tourné le dos plus d'un mois avant l'annonce de mon licenciement. C'est comme ça quand on est viré : on est toujours le dernier à le savoir... alors plutôt que de réconforter un collègue, on lui tourne le dos. C'est plus simple et cela n'empêche pas de se regarder dans son miroir le matin. Quant à mes amis, ils m'ont vite fait comprendre que je les mettais dans l'embarras: «OUI, mais, tu comprends, nous on bosse et on n’est pas Crésus (je sais même pas qui c'est ce crétin). Si on pouvait t'aider on le ferait mais avec les traites pour le pavillon et celles pour le camping-car on a déjà du mal alors...» et CLAC. Ca c'est le bruit de la porte que je viens de prendre sur le coin du pif. Ca fait toujours mal la 1ère fois mais, à la longue, on s'habitue.

Me voilà dons seul, sans boulot, sans collègues, sans amis... Bon, ben là, je n'ai pas le choix. Va falloir commencer à taper dans les économies.

 

Tout n'est pas perdu! J'ai de la chance, j'ai un conseiller ANPE qui s'occupe de moi. Il m'a dit «Ecoute Richard, tu pourrais être mon fils et jamais je en pourrai laisser mon fils sur le carreau. Je prends ton dossier en main et je te promets que dans 15 jours je t'aurai trouvé du boulot». C'est étrange, je me sens flatté. D'autant plus que je n'ai jamais connu mon père. Cet homme a vraiment trouvé les mots justes. J'en ai été ému aux larmes. Et puis, 2 semaines plus tard, n'ayant pas de nouvelles, je recontacte mon ‘père social’. On me dit qu'il est parti en vacances pour 3 semaines. WAOUH! Encore 5 semaines de perdues. Comme dans toutes les histoires de famille qui ne se passent pas bien, nous ne nous sommes jamais revus. Ca doit vraiment être dur d'avoir un fils.

Moi, j'aurais bien aimé.

 

Puis un beau matin, je me suis rendu compte que mes revenus étaient passés sous le seuil de pauvreté!

 

Tout s'est enchaîné très vite. J'ai vendu ma voiture, ma télé, mes quelques meubles pour vivre. Mais vivre me revenait trop cher. Il ne me restait plus qu'à survivre.

C'est après mon expulsion, trois jours avant la trêve hivernale, que je me suis retrouvé à la rue.

 

Depuis maintenant quelques jours, il fait très froid. J'ai appelé le 115 mais ils m'ont baladé pendant 2heures entre centres d’hébergement, abris, centres de réinsertion, maisons-relai... Tout complet. Finalement j'ai dormi dans un gymnase délabré avec pour compagnons le vomi de mon voisins et les hurlements de ma voisine.

 

Je suis fatigué, usé, déçu, en colère. J'ai froid, j'ai faim.

 

J'aimerai être un chien.

 

Ce soir c'est Noël et je vais partir, sans bruit, comme le Père-Noel à la différence près c'est que je ne reviendrai pas l'année prochaine, même si vous êtes très sages.

 

OGREMENT

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