Le Beaujolais Nouveau : toute une histoire.

Publié le par Floudud

(C'est la période... alors j'en profite.)

Il faut bien le dire : l’idée du Beaujolais Nouveau ne sort pas de l’imagination de Georges Duboeuf. Certes, le négociant mondialement connu a été l’un des précurseurs, sinon le précurseur, qui ont permis au Beaujolais Nouveau, et par découlement au vignoble dans son ensemble, de se faire connaître et d’atteindre le niveau de popularité des années 80. Bien souvent, les médias lui attribuent des lauriers qui ne devraient pas lui être remis.

 

Le Beaujolais Nouveau s’appuie sur une tradition ancestrale. Les viticulteurs implantés sur le vignoble Beaujolais ont pour habitude de livrer leurs vins très rapidement après les vendanges. Les Lyonnais, ou les gens de la Capitale, peuvent ainsi profiter des arômes de raisin qui s’en dégagent. Au dix-neuvième siècle, la coutume veut que les vins quittent le vignoble via la Saône ou la Loire conditionnés en fûts. Le breuvage peut ainsi finir sa fermentation en chemin. C’est d’ailleurs à cette époque que l’on décide de dire du Beaujolais qu’il est « le troisième fleuve de Lyon ». Il convient de revenir en quelques lignes sur cet épiphénomène.

Généralement, les vins nouveaux étaient tractés par un cheval de chez le viticulteur vers un quai de Saône (ou de Loire si le vin était à destination de Paris). Le vin était auparavant mis en tonneau, en ‘pièce’ comme il est de coutume de les appeler. Ces pièces peuvent contenir 216 litres de vin. Il s’agit d’une mesure-étalon qui varie d’un vignoble à l’autre. Arrivé sur un quai d’embarquement (Belleville-sur-Saône, Saint-Romain-des-Iles, etc.), les fûts sont alors transportés sur la péniche. C’est sur celle-ci que se terminera la fermentation. Dès son arrivé sur Lyon, ou Paris, les amateurs se jettent sur le produit afin de pouvoir le déguster avant tout le monde.

Mais ne croyez pas que, lors de cette période, une guerre commerciale faisait rage. Tout le monde ne pouvait pas envoyer son vin en même temps. Il existait une règlementation stricte qui définissait quel vigneron devait laisser partir son vin à telle date. Cela permettait d’éviter les problèmes d’engorgement du marché, et surtout, cela permettait d’approvisionner les armées dont les soldats étaient friands de vin nouveau.

 

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C’est finalement après-guerre, sous l’impulsion de nombreux journalistes Parisiens venus se réfugier dans la Capitale des Gaules pendant l’Occupation, que l’on commence à marketter autour du vin primeur venu du vignoble Beaujolais. La population ayant besoin de s’informer sur les évènements internationaux, ils achètent de nombreux journaux. Quelques mots habilement glissés ci et là font tout leur effet. La presse écrite est alors à son avènement, et ce qui relève du papier est comme parole d’Evangile. Le Beaujolais Nouveau va surfer sur cette vague.

 

Dès 1951, le vin nouveau change sa réglementation. Les instances politiques fixent un amendement qui oblige tous les vignobles à mettre sur leur vin sur le marché uniquement à partir du 15 décembre. Les vignerons du Beaujolais vont alors faire une demande de dérogation afin de pouvoir vendre leur produit plus tôt. Cette requête est acceptée et en 1952, la date de mise en vente du vin nouveau est fixée au 13 novembre. Dès lors, le vin nouveau du Beaujolais ne peut être vendu que sous l’appellation « Beaujolais Primeur ». En 1953, le déblocage est fixé le 1er novembre. C’est l’année la plus précoce jamais enregistrée.

Fier de sa popularité, il n’est pas rare de voir une allusion au Beaujolais Primeur pointer le boit de son nez dans les films d’après-guerre.

 

Le tournant a véritablement lieu lorsque le rédacteur-en-chef du Daily Mail, un journal britannique, décide d’organiser un concours. Les négociants ou viticulteurs doivent lui amener le plus rapidement possible une bouteille de ‘Primeur’ au siège de sa rédaction Londonienne… La course fait rage.

Une fois arrivés sur place, les participants convient quelques personnes afin de leur faire déguster leurs produits. Le marché outre Manche est alors conquis. C’est les années soixante. Et tout s’accélère à partir de là.

 

Dès 1967, le nom de ‘Beaujolais Primeur’ est modifié en ‘Beaujolais Nouveau’ par souci marketing. Il faut que le terme puisse être compris de tous, par toutes les nationalités. C’est également en 1967 que la journée du 15 novembre, à minuit pile, est retenue comme date butoir. Aucun vin nouveau ne peut être vendu avant.

Les années 1960, 70 et 80 vont permettre au Beaujolais Nouveau de devenir un phénomène mondial, de par le développement des axes de communication rapide et notamment grâce à l’avènement de l’aviation. C’est finalement en 1985 que les autorités Beaujolaises décident de retenir le troisième jeudi de novembre comme date de déblocage.

 

La folie des années 80 semble s’être atténuée avec l’émergence des vins du « Nouveau Monde ». Dans les années 90, un rapport de force sans précédent apparaît dans l’histoire vinicole. Coûts de production trop élevés par rapport à ces nouveaux vins, profession trop réglementée, mauvaise image véhiculée par des négociants souvent peu scrupuleux. Voila ce qui a commencé à atteindre la santé jusque là florissante du Beaujolais Nouveau et par extension de tous les vins produits sur le vignoble.

 

La boucle sera bouclée en ces termes : la nouvelle génération de journalistes a fini par enterrer ce vin que leurs parents avaient mis en valeur moins de cinquante années plus tôt…

Pour plus de renseignements, n'hésitez pas à me contacter via l'adresse mail du blog

Publié dans zoom sur le monde

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Flo 04/11/2007 14:41

TU mets le doigt là où il faut, Goa.Les marketeurs n'y comprennent rien en Beaujolais. L'UIVB, l'Inter Beaujolais et toutes les instances à la con, celles qui te filent des agréments si tu les payes, même si ton vin est dégueulasse, font n'importe quoi...Il y a des rumeurs qui circulent par chez nous; Je sais pas si tu connais Georges Duboeuf. En deux mots, c'est en parti grâce à lui que le Beaujo a été reconnu mondialement. Son siège est à 2 km de chez moi.Pendant les vendanges, certains auraient vu des citernes pleines de vin arriver. Les mauvaises langues prétendent qu'il s'agissait de Beaujolais Nouveau, produit à l'étranger.Ca a déjà été plus ou moins pratiqué. Il avait été accusé pour tromperie sur des AOC... condamné mais comme c'est Duboeuf, il n'a jamais payé!Enfin bref... c'est un long débat.Et ton grand-père était Compagnon du Beaujo? Dis-moi pas que c'est pas vrai! Il a la tasse, le costume et tout? C'est trop dla balle! Et puis pour les cartons, faudra voir;) On peut toujours s'arranger

Ar8GOr3 04/11/2007 14:15

je suis trop content que vous parliez de vin....Vive le bandolEt il est marrant de constater ce que dise les gens d'un terroir sur celui des autres...Tu aurais des chiffres par contre, Flo, sur les ventes généré en pourcentage du stock sur juste les jours du beaujolais nouveau ?Personellement, je crois que dans cette période ou de moins en moins de gens boivent du vin, à long terme quand même, cette histoire de beaujolais nouveau peu vous causez du tort...vous avez un trés beau terroir, et du bon vin, mais justement le beaujolais nouveau ressort un peu trop comme un artifice commercial ce qui généralise votre terroir, alors que réduire vos vins juste au beaujolais nouveau n'est pas forcement bénéfique...je fais souvent cette fête, et j'entends souvent : il est pas bon, mais on sens fout, on le sait, c'est le beaujolais nouveau......Bon, Flo, bientot la taille ? ;-pJe crois qu'on va se faire des échanges de carton de vin...bientot...Goa petit fils d'un "compagnon du beaujolais"