Dimanche 20 mai 2007
Notre société est devenue une « médiatocratie ». Si l’on voulait passer le bouchon encore plus loin, il conviendrait de préciser qu’elle est même devenue « audio-visualocratique ».
Ces termes barbares, néologismes s’il en est, rendent compte d’un triste constat : les gens ont besoin de la télé, de la radio, du net et autres journaux papiers –dans une moindre mesure- pour savoir ce qu’il nous faut penser.
« La Turquie doit-elle, ou non, entrer dans l’Europe ? » Regardez TF1, lisez Le Figaro, voire Le Monde.
« L’éthique doit-elle autoriser l’euthanasie ? » Regardez France 2,  lisez Libération.
Certes, ce découpage est (trop) simpliste. Bien trop, même. Il rend pourtant compte de ce qui se passe, à l’heure actuelle : les gens veulent, ou pas, tout connaître sans forcément savoir. De fait, monsieur X, ouvrier sur une chaîne à Renault, veut absolument connaître le chiffre de la dette publique du Tadjikistan, sans forcément savoir 1) où se situe ledit Tadjikistan ; 2) à quoi correspond concrètement le terme « dette publique » ; 3) dans quel contexte replacer décemment ce que Ms. Pernaud ou Pujadas lui ont enseigné…
S’il s’écoutait, M. X irait même jusqu’à se prosterner devant son poste de télévision tellement ce qu’il y apprît rehausse son niveau de culture générale. 

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Mais pourquoi un tel besoin de connaissances ?
Non pas pour sa culture personnelle, sinon, une fois les JT ou autres programmes télé ou « papiers » finis, tout un chacun irait se documenter sur tel ou tel point abordé dans un sujet afin de l’approfondir. Alors pourquoi ? C’est simple. Pour paraître bien aux yeux de la société, de ses pairs, de ses patrons. Finalement, ce besoin grandissant de connaissances cache, selon moi, un autre besoin. De reconnaissance, celui-là.
Cette désinformation n’est-elle pas dangereuse pour tous ?
Et bien, il apparaitrait que si. Dangereuse pour le lectorat ou public qui, croyant maîtriser tel ou tel concept les écorche en ne sachant pas tout ce qu’il sa cache derrière ; dangereuse pour le journaliste qui sera forcé et contraint de croire en sa toute-puissance –mais finalement, quelle est-elle vraiment ?- : « Je dis quelque chose, les gens ouvrent grand leurs oreilles. Il le répète à qui veut bien l’entendre : « Mais si, c’est machin sur LCI qui l’a dit dans son JT » et finalement, je suis un être puissant car on parle de ce que j’ai dit, de manière banalisée, à des heures de grande écoute » ; dangereuse pour les gens qui vivent au cœur d’une actu. Pourquoi ? Car leur version ne collera jamais parfaitement à celle des médias peu scrupuleux, cela va sans dire. Ces derniers ne l’ont pas entendu à la télé, ils sont donc ignares.

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