Du besoin (primaire ?) de connaître, sans forcément savoir.

Publié le par Floudud

Notre société est devenue une « médiatocratie ». Si l’on voulait passer le bouchon encore plus loin, il conviendrait de préciser qu’elle est même devenue « audio-visualocratique ».
Ces termes barbares, néologismes s’il en est, rendent compte d’un triste constat : les gens ont besoin de la télé, de la radio, du net et autres journaux papiers –dans une moindre mesure- pour savoir ce qu’il nous faut penser.
« La Turquie doit-elle, ou non, entrer dans l’Europe ? » Regardez TF1, lisez Le Figaro, voire Le Monde.
« L’éthique doit-elle autoriser l’euthanasie ? » Regardez France 2,  lisez Libération.
Certes, ce découpage est (trop) simpliste. Bien trop, même. Il rend pourtant compte de ce qui se passe, à l’heure actuelle : les gens veulent, ou pas, tout connaître sans forcément savoir. De fait, monsieur X, ouvrier sur une chaîne à Renault, veut absolument connaître le chiffre de la dette publique du Tadjikistan, sans forcément savoir 1) où se situe ledit Tadjikistan ; 2) à quoi correspond concrètement le terme « dette publique » ; 3) dans quel contexte replacer décemment ce que Ms. Pernaud ou Pujadas lui ont enseigné…
S’il s’écoutait, M. X irait même jusqu’à se prosterner devant son poste de télévision tellement ce qu’il y apprît rehausse son niveau de culture générale. 

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Mais pourquoi un tel besoin de connaissances ?
Non pas pour sa culture personnelle, sinon, une fois les JT ou autres programmes télé ou « papiers » finis, tout un chacun irait se documenter sur tel ou tel point abordé dans un sujet afin de l’approfondir. Alors pourquoi ? C’est simple. Pour paraître bien aux yeux de la société, de ses pairs, de ses patrons. Finalement, ce besoin grandissant de connaissances cache, selon moi, un autre besoin. De reconnaissance, celui-là.
Cette désinformation n’est-elle pas dangereuse pour tous ?
Et bien, il apparaitrait que si. Dangereuse pour le lectorat ou public qui, croyant maîtriser tel ou tel concept les écorche en ne sachant pas tout ce qu’il sa cache derrière ; dangereuse pour le journaliste qui sera forcé et contraint de croire en sa toute-puissance –mais finalement, quelle est-elle vraiment ?- : « Je dis quelque chose, les gens ouvrent grand leurs oreilles. Il le répète à qui veut bien l’entendre : « Mais si, c’est machin sur LCI qui l’a dit dans son JT » et finalement, je suis un être puissant car on parle de ce que j’ai dit, de manière banalisée, à des heures de grande écoute » ; dangereuse pour les gens qui vivent au cœur d’une actu. Pourquoi ? Car leur version ne collera jamais parfaitement à celle des médias peu scrupuleux, cela va sans dire. Ces derniers ne l’ont pas entendu à la télé, ils sont donc ignares.

Publié dans Société

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B
On a toujours besoin d'un intermediaire entre l'info et nous, le journaliste sert a ca. L'objectivité journalistique est une douce utopie, il faut donc multiplier les sources et garder en eveil son esprit critique, mais la télé, la radio ou les journaux restent des medias formidable ! Meme si sous exploité, je les prefere comme cela qu'absent. A nous de savoir faire le tri, et le jour ou les emissions de merde ne plairont plus elles disparaitront.Par contre je ne te suis pas a 100% sur l'idée du besoin de conaissance / reconaissance. Le prolo moyen aura plus de succés en parlant foot qu'en parlant politique, et a juste titre (c'est beaucoup moins chiant). Ceci n'est qu'une hypothese, je n'ai jamais taffé en usine, je ne connais que mon pere et ses collegues. (qui parlent politiques mais en conaissant le sujet, ou qui parlent foot ^^ )
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F
C'est vrai que nous sommes là pour ça... pour faire les intermédiaires entre le public et les infos pour les décrypter un minimum mais là manière dont le décryptage est fait me déplaît. J'ai l'étrange impression que le même débat revient de manière cyclique!Pour la seconde partie de ton comm, je suis pas du tout d'accors sur l'intérêt de la discussion foot. Y'a rien de plus chiant que des fans de ce sport (sur lequel je tairai mon avis pour l'instant) qui parlent entre eux. Et le pire, c'est quand ils viennent t'en causer et que tu leur répètes que tu t'en fous que ce soit Lille, Lyon ou Sedan qui va gagner la Ligue des Champions, que c'est Ribéry qui a marqué le dernier but contre son camp! Enfin bon. Je reste quand même persuadé que ça fait toujours bien aux yeux de la société que de dire "tiens, t'as vu Pujadas, il disait que le Liban est proche d'une nouvelle guerre"...Fais le calcul : y'a combien de personnes qui te l'ont sorti ces 3 derniers mois?
H
Tiens c'est marrant, dans un commentaire précédent, à propos de la Corée, on pouvait lire ceci : "Je ne sais pas du tout, j'avais vu ça à la nuit de zapping, je n'ai pas plus d'infos."C'est vrai, les gens ne vérifient pas ce qu'ils voient ou entendent. Et alors? Je crois qu'ils ont autre chose à foutre (travail, famille, cuisine, factures, paperasse,...) que de repasser derrière le boulot du journaliste.Le journaliste a la prétention de déclarer des vérités et des informations. C'est du moins sa mission. Son taf. S'il ne se prenait pas pour Dieu à vouloir glisser toujours son avis de partout, les gens seraient peut-être informés de manière un peu plus saine.Je te trouve un peu méprisant dans ton article Flo. Les gens sont simples mais pas cons. Ils s'informent comme ils le veulent et comme ils le peuvent.
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F
Méprisant? En quoi?J'ai juste dit ce que je pensais, en l'occurence, que nous sommes tous avides de connaissances par devoir de reconaissance, et non pas de savoir. Je ne jette la pierre sur personne... enfin, il ne me semble pas.Pour moi, ce besoin est dans la nature humaine, donc primaire ("hence the title"... paix à ton âme, M'dame Acclément). Je fais parte de ces gens qui parlent sans savoir et je ne m'en cache pas. N'importe qui en fait partie, d'ailleurs.Sicet article qui n'en est pas un a été interprété comme laissant paraître que j'ai du mépris, que je sois prétentieux ou autre, ce n'était pas mon but.En plus, je pense mettre tout le monde sur un pied d'égalité : lectorat/public et ceux du milieu.Si le public avait un désir de savoir, il ouvrirait une encyclopédie, un dictionnaire dès qu'il ne connaît pas un mot, il s'investirait par un quelconque moyen pour savoir le fin mot de l'Histoire. Il me semble pas que la curiosité soit malsaine. D'ailleurs, je viens de prendre un bon exemple... le coup du dictionnaire. Combien le font réellement? Ca prend 30 secondes et après, tu en ressors enrichi. C'est un manque de curiosité et peut-être même de courage qui empêche les gens de savoir. Comme tu l'as dit aussi dans un précédent comm, le taf d'un journaliste n'est pas de leur amener tout cuit l'info dans le bec...Par contre, oui, je rejette la faute sur les médias (et non pas forcément sur le journaliste).Les médias n'ont qu'un but : l'enrichissement. Logique capitaliste à l'état brut. Enrichissement par la pub et les autres moyens qu'on leur connaît ou bien qu'on arrive à deviner. Leur but n'est pas d'être forcément proche de la déontologie qu'est censée être la nôtre. Par conséquent, chaque journaliste, employé par TF1 ou autre France 24, et ce au même titre que M. X employé des usines Renault (que je n'ai pas cherché à dénigrer), doit être productif. Tant pis pour le croisement des sources ; tant pis pour la perfectibilité des commentaires audios... Ce qui prime : l'info spectacle, l'évènement et les images... Plus aucun décryptage ou si peu qu'il laisse un peu sur sa faim(fin).
M
Absolument d'accord pour l'analyse qui te conduit à parler du besoin de reconnaissance.Bon genre ok j'ai rien ajouté, mais pour une fois que je suis d'accord avec toi je voulais le souligner ^^
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F
Mon Dieu... merci :-) C'est tellement rare;) Et ca fait plaisir que tu sois okay avec moi