Nous sommes totalement déconnectés de la réalité… Paradoxal, n’est-ce pas, en cette ère du
Connected People ?
Le flux d’information que nous pouvons recevoir en continu, de tout type d’informations, peut avoir de graves
conséquences sur la psychologie de certains esprits dits fragiles. J’en veux pour preuve le jeune Sud-Coréen qui a commis la fusillade à l’Université de Virginie en début de semaine… Des adultes
ou adulescents n’arrivent plus à trouver des repères dans ce monde devenu impersonnel, immature… dans ce monde totalement inconscient. Oui, le monde est devenu inconscient. Totalement même. Et
nous, enfin, la « Société » essaye d’inculquer des valeurs à ses futurs citoyens.
Jeudi soir, j’ai regardé le documentaire Infrarouge diffusé sur France 2. Il traitait d’une affaire de viol jugée par le Tribunal des mineurs. Sordide
affaire.
Avant de vous l’expliquer, je tiens à préciser un fait important. En effet, pour la première fois dans l’Histoire de
la justice Française telle qu’on l’a connaît de nos jours, le procès en huit-clos a été filmé. Le journaliste, dont j’ai zappé le nom, précise en effet que cela a été possible pour trois
raisons : la première, car la jeune fille a voulu que ce procès serve d’exemple ; la seconde car le jeune homme pensait ne rien avoir à se reprocher (vous verrez pourquoi plus tard et
quel est le lien avec mon lancement) ; la dernière, car la justice trouvait intéressant l’idée qu’un tel procès soit rendu publique, là aussi pour
l’exemple.
Les faits se déroulent voila trois ans.
Gilles* a 15 ans, Mélanie*, elle, 13. Ils habitent dans le même village et prennent le bus au même endroit
pour se rendre au collège. Mélanie a la réputation d’être facile au collège. En effet, l’année d’avant, elle était éperdument amoureuse d’un jeune mec, ami de Gilles. Elle lui a même offert sa
virginité lorsqu’ils étaient ensemble. Gilles, lui, a la réputation d’être un élément perturbateur. Il appartient au groupe qui met l’ambiance dans le collège ; le groupe des « beaux
gosses » qui peuvent tout se permettre. Trop peut-être. Une jeune fille, amie de Mélanie, s’était plaint du comportement de Gilles qui, en public, alors qu’il ne la connaissait pas, venait
lui toucher les seins avant de repartir comme si de rien n’était. Mélanie aussi subissait ces attouchements.
Puis en une semaine, leur relation s’est « bizarrifiée ». Ils ne se parlaient pas avant ! Un matin,
Gilles attendait Mélanie à l’arrêt de bus. Il l’a plaquée contre le mur et l’a pelotée. Il lui avait demandé, au préalable, quand est-ce qu’ils pourraient baiser ensemble. La jeune fille,
tétanisée par la peur, ne lui disait pas ouvertement « Non, qu'elle n'avait pas envie qu'il la touche ». Elle a eu la chance de voir le car arriver. Sauvée par le
gong !
Quelques jours plus tard, il l'attendait dans la cage d’escaliers du HLM dans lequel vivait Mélanie et sa famille. A
peine arrivée, sans mot dire ou presque, il l’a poussée dans le local à vélo, l’a alors déshabillée et s’est lui aussi déshabillé. Pas de pénétration cette fois-là ! Juste quelques
frottements. Cette précision prend toute son importance car la loi française donne une autre importance lorsqu’il y a pénétration ou non à un acte de harcèlement. Si pénétration il y a, il
s’agira d’un viol. La non plus, elle ne disait rien, essayait vraisemblablement de le repousser du mieux qu’elle le pouvait. Avant de partir, le jeune homme avait prévenu Mélanie qu’il l’aurait
la prochaine fois. Bien entendu, cela n’a pas loupé.
Une poignée de jours plus tard, même scénario. Gilles attendait Mélanie dans la cage d’escaliers. Et cette fois, il
a réussi à pénétrer quelques instants la jeune femme qui essayait de résister, sans toutefois dire un mot. Il a fini par jouir sur elle. Le viol est donc avéré... Il ne le nie même
pas
Mélanie a tenté, quelques jours plus tard, de mettre fin à ses jours en avalant une grande quantité de
médicaments.
Lors du procès qui a eu lieu l’an dernier dans une petite ville du Nord, l’un et l’autre durent revivre les
différentes scènes, durent s’expliquer sur tel événement.
La suite est affligeante. Pourquoi ?
Tout simplement, la supposée bonne foie de Gilles repose sur le fait qu’il n’avait pas le sentiment de l’avoir
violée : elle ne disait pas ouvertement qu’elle n’en avait pas envie ! Pour lui, les gestes qu’elle pouvait faire n’avaient rien à voir avec ses prétendues pulsions. Le jeune homme
n’avait donc pas l’impression d’avoir violée Mélanie. Le jeune homme estimait que tout ce qui n’était pas clairement, hautement et intelligiblement refusé était accepté. Il n’a pas voulu présenté
ses excuses à Mélanie. Par ailleurs, il a avoué ne pas avoir repensé aux faits bien souvent... Banal, apparemment.
Je reviendrai sur la plaidoirie de l’avocat de Gilles qui m’a profondément intéressée et surtout
inspirée.
Nous n’avons rien entendu de celle de l’avocate de Mélanie.
Le réquisitoire du procureur était typique. Il énonçait la loi, rien que la loi : cinq années de réclusion pour
le jeune homme, dont deux avec sursis, un suivi psychologique et une mise à l'épreuve. Etant une femme, certes, il a très certainement été influencé face à la détresse de Mélanie… surtout qu’il
oeuvrait pour la première fois de sa carrière.
Le juge, une femme elle aussi, très humaine et à l’écoute des deux jeunes gens, trancha et donna finalement trois
années, dont une ferme. Mais cette peine, il pouvait l’éviter en faisant je ne sais plus quoi… en fait, d’après ce que j’ai compris, tant qu’on n’a moins d’un an de prison ferme, on peut éviter
l’enfermement en demandant un aménagement auprès du juge de l’application des peines… tout le jargon pénal, quoi !
Civilement, elle le condamna (enfin lui non, mais ses parents oui car il était mineur à l’époque des faits) à verser
3.000 € et quelques à la victime pour réparer le préjudice moral encouru par le viol. Important de la préciser également pour la suite des évènements… car en effet, un an plus tard, Mélanie
n’était toujours pas sortie de sa dépression. Trop cher de suivre une thérapie, d’après ses parents. Mais d’après le jugement, les 3.000€ versés par les parents de Gilles à Mélanie devaient
servir à réparer son mental ! Il n’en fut vraisemblablement rien ! A-t-elle seulement essayé une thérapie ? je n’en sais rien, mais je pense que 3.000€, à 50€ la séance de psy,
c’est quand même largement suffisant pour se remettre sur les rails !
Donc, pourquoi ai-je commencé mon billet sur le mal-être de la société et les valeurs que la société tente
d’inculquer aux jeunes ? car justement, toute la plaidoirie de l’avocat de Gilles s’axait autour du malaise, de l’ironie, l’hypocrisie dans laquelle nous évoluons quotidiennement. Les films
violents, internet, les cassettes porno paternelles oubliées ou laissées négligemment sur le canapé du salon… telles peuvent être des raisons de déviance, voir de
délinquance.
Gilles, lui, avait des parents négligents, du style à laisser les cassettes interdites aux moins de 18 ans traîner
sur le canapé… Le jeune homme serait tombé dessus ! Et il les auraient bien évidemment regardées. Qui ne l'a pas fait?
Alors qui faut-il encriminer ? Gilles qui par inadvertance serait tombé sur des choses que ses parents auraient
pu et dû lui cacher ? Les parents qui ont été totalement inconscient et n’ont pas mesuré l’impact que l’irrespect de la morale pourrait avoir sur leur fils ? Les amis de Gilles qui
l’ont sûrement encouragé, qu’il a vraisemblablement imité, d’après son témoignage ? Le collège qui aurait dû remarquer des problèmes sur son comportement (ah oui, il avait été viré quelques
jours pour avoir peloté une fille) et qui n’a pas pris cette affaire suffisamment au sérieux ? Ou la société qui finalement a totalement « dé-tabouisée » le sexe, mais en
laissant les sentiments de côté ?
Pourquoi ce jeune homme ne savait-il pas que les femmes ont elles-aussi du désir éventuel, des idées, un cerveau et
savent s’en servir autrement que pour écarter les cuisses ? Car ces parents ont été inconscients et lui ont certainement véhiculé, par leur propre vécu et une mauvaise image des femmes,
émanant des films X ? Car Gilles a été sociabilisé avec des amis qui avaient le même comportement que lui, qui l’ont certainement entraîné autant qu’il a pu le faire lui sur eux, dans cette
déviance envers le respect des femmes… car oui, il a été socialisé. Et la racine de « socialiser » est « société »… C’est donc un phénomène de masse. De
société !
Nos petits frères sont donc comme cela. La génération qui a entre 5 et 15 ans de moins que moi est comme
cela !
C’est d’autant plus paradoxal que nous sommes dans une ère de soit disant « respect » de la parité, une
ère où une femme pourrait accéder aux plus hautes fonctions nationales…
Bien triste réalité.
*: prénoms changés pour les besoins de l'article
L'avis D zoomeurs